Dames-chevaliers, guerres et autres joyeusetés

Au cours des dernières décennies du Moyen-Age, les tapisseries de séduisantes guerrières armées jusqu’aux dents se multiplient. Pourtant, les filles d’Eve sont créatures faibles et froussardes, c’est bien connu.

Au cours des dernières décennies du Moyen-Age, les tapisseries de séduisantes guerrières armées jusqu’aux dents se multiplient. Pourtant, les filles d’Eve sont créatures faibles et froussardes, c’est bien connu. Mais si la majorité des textes prévoit l’exclusion de la gent féminine des affaires militaires, se peut-il que, dans les faits, certaines dames lâchent leur quenouille au profit de l’épée ?

DES VACANCES CROISADES EN TERRE SAINTE (XIÈME-XIIIÈME SIÈCLE)

Grosso modo, les croisades sont des expéditions militaires organisées par l’Église et menées par les seigneurs occidentaux pour délivrer la Terre sainte des barbares musulmans. Contrairement à un cliché bien ancré, la plupart des épouses de croisés ne restent pas à faire tapisserie en Europe mais les accompagnent dans ce pèlerinage. Quelques femmes du peuple font aussi partie du convoi. Prostituées, cuisinières, et épouses sont invitées à soutenir, soigner et ravitailler les troupes lors de sanglantes batailles.

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La reine Penthésilée « Des cleres et nobles femmes », vers 1488

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En cas de défaite, mieux vaut sprinter, les options sont limitées : mort, esclavage ou captivité en harem. Forcément, ça galvanise. De nombreux récits évoquent ces amazones intrépides et hargneuses. L’adversaire turc s’étonne notamment de l’adresse d’une femme à la « mante verte » très adroite à l’arc et abattue au combat. La tragique histoire de Florine de Bourgogne est également entrée dans la légende. Menant une troupe de cavaliers avec son fiancé, ils sont surpris par l’ennemi. Florine se bat comme une lionne avant de succomber, transpercée de sept flèches, aux côtés de son bien-aimé.

Si la majorité féminine sert d’auxiliaire, nombre de croisées prennent les armes pour protéger la Terre Sainte. En 1096, à l’arrivée des premiers croisés, Anne Conmène remarque que certaines femmes n’hésitent pas à revêtir la cotte de maille et à porter arcs et lances, aux côtés de leurs compagnons. Une certaine Normande, Sichelgaïte, se donne même pour mission de traquer les fuyards pour les ramener au combat !

LA GUERRE DE 100 ANS, ELLE A DURÉ LONGTEMPS ! (XIVÈME SIÈCLE)

Si l’Histoire retient surtout le cas de Jeanne d’Arc, cheffe de guerre aux côtés des capitaines de Charles VII pendant deux ans, la Guerre de Cent Ans pousse de nombreuses femmes à mettre les mains dans le cambouis et particulièrement les dames de haut rang. Les seigneurs étant occupés à bouter les Anglais hors de France, morts ou capturés, leurs épouses assurent à l’arrière, protégeant les terres durant plusieurs décennies parfois.

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Les Preuses, enluminure tirée du Le « Chevalier errant » de Thomas de Saluces.

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Comme la guerre dure un moment, il devient impératif pour les châtelaines de savoir, dès le plus jeune âge, commander une garnison, et en administrer les finances, l’armement et le ravitaillement afin de pouvoir, le cas échéant, résister à un siège ou mener une attaque. C’est le cas lors du siège d’Hennebont en 1342, Jeanne de Flandre, comtesse de Monfort et alliée des anglais, affronte les troupes françaises en menant la résistance, parcourant les rues de sa ville à cheval, exhortant hommes ET femmes à prendre les armes, entraînant gaiement sa petite troupe faire flamber le camp ennemi.

Une héroïne grandiose, parmi d’autres, dont le courage est célébré. Ces femmes sont des exemples, d’autant qu’elles ont la sagesse, leur exploit accompli, de retourner à l’anonymat ou trépasser, laissant à l’homme la place de chef qui lui revient de droit.

Pour en savoir plus :

BEAUNE Colette (2014), « La guerre des dames au Moyen-Age », L’Histoire (n°399)

PERNOUD Régine (1992), La femme au temps des croisades, , Livre de Poche, 403 p.

CASSAGNE-BROUQUET (2014), La vie des femmes au Moyen-Age, Ouest France, 128 p.

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