La tuberculose, tendance makeup automne-hiver 1840

Au XIXème siècle, un culte particulier se développe, celui de la belle malade.

Au XIXème siècle, le teint d’endive et les valises sous les yeux sont le comble du sexy. Un culte particulier se développe, celui de la belle malade. En même temps que les maisons closes et la prostitution prospèrent, la femme languissante et vénéneuse devient à la mode.

Le fantasme de la belle brune

Deux idéaux dominent alors : la brune éthérée et hypnotique opposée à la bourgeoise tradi, blonde et potelée. La silhouette menue, les longs et épais cheveux bruns, les grand yeux noirs mais, surtout, la peau très pâle sont des must-have pour obtenir cet air évanescent qui subjugue les hommes.

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La fragile Marguerite Gauthier, héroïne de La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, devient l’incarnation de cette femme fatale. Ce personnage de fiction est inspiré directement de Marie Duplessis qui fut à 16 ans la demi-mondaine la plus convoitée et la plus chère de Paris et mourut très jeune de tuberculose.

Ces deux modèles féminins, aux antipodes l’un de l’autre, incarnent bien la schizophrénie d’un siècle qui prône la pureté de ses femmes tout en officialisant la prostitution et les maisons de tolérance. Plutôt chouette pour le bourgeois qui dispose des deux aspects de la féminité : l’épouse vertueuse qui entretient les apparences et la courtisane qu’il finance pour son plaisir.

Tuto make-up : comment avoir l’air atteinte de tuberculose

Pour obtenir une peau livide, tous les moyens sont bons : veiller tard, boire du vinaigre (censé brouiller le teint) et, plus simplement, recourir à la cosmétique. Les parfumeurs se frottent les mains. Pierre-François-Pascal Guerlain saisit sa chance (il a bien fait) et lance dans les années 1830, le savon Sapocetti à base de blanc de baleine mais aussi le soin Blanc de Perle, que la maison vend encore, et la crème Nivea, destinés à éclaircir la peau.

Pour parfaire cet air dolent, les cheveux sont artificiellement foncés et les visages se parent discrètement de fards mauves, verts et jaunes. Sous les yeux afin d’accentuer les cernes, sur les joues pour creuser le visage et reproduire les syndromes de la phtisie (=tuberculose). Le but ? Séduire, s’approprier l’aura érotique que l’on prête alors aux phtisiques, censées posséder une libido hors norme.

Messieurs les médecins

Ce lien entre féminité et santé n’est pas anodin. Les textes médicaux de l’époque l’attestent : la femme relève d’un état maladif continu. Les règles sont d’ailleurs la preuve d’un grave dérèglement qui fragilise le corps ainsi que l’esprit. L’un des symptômes en est l’inconstance mais surtout la fameuse hystérie féminine dont les premiers diagnostics apparaissent à l’époque (hystérie venant du mot utérus). Le corps devant être « guéri » et contrôlé, c’est la grande époque du corset, mais pas seulement… En Angleterre, un célèbre chirurgien, Isaac Baker Brow (1811-1873), va jusqu’à pratiquer l’ablation du clitoris contre l’hystérie, avec (ou sans) le consentement de ses patientes ! C’est aussi la grande époque du corset. Censé redessiner la silhouette, serre la taille au maximum et même si sa forme évolue dans le temps, ses effets sur la santé restent désastreux. Fausses couches, déplacements d’organes, déformations de la cage thoracique et de la colonne vertébrale, on n’arrête pas le progrès ! En comprimant le corps des femmes, on contrôle leur liberté de mouvement. Elles peuvent à peine se déplacer et s’évanouissent régulièrement, leur rôle dans la société est automatiquement limité. Il faut attendre le XXème siècle et la Première Guerre Mondiale pour voir la pression se relâcher et la gaine puis le soutien-gorge pointer le bout de leur nez.

Pour en savoir plus :

REMAURY Bruno (2000), Le beau sexe faible. Les images du corps féminin entre cosmétique et santé, Grasset, 264 p.

LE NAOUR Jean-Yves et VALENTI Catherine VALENTI (2001), « Du sang et des femmes. Histoire médicale de la menstruation à la Belle Époque », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés. Lien : https://clio.revues.org/114#quotation

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