Mais pourquoi les filles voient la vie en rose ?

Il y a bien longtemps, au Moyen Age, le rose était l’apanage de la virilité. Focus sur une couleur à la sexualité compliquée….

Pourquoi les filles voient la vie en rose ?

Les petites filles aiment le rose et les petits garçons le bleu, rien de neuf sous le soleil. Pourtant cette évidence n’a pas toujours été. Loin de là. Au cours des siècles, le rose s’est pas mal cherché avant de s’attacher à la féminité. Il y a fort longtemps, au Moyen-Age, il était même l’apanage de la virilité !  Focus sur une couleur à la sexualité compliquée.

Madame de Pompadour on the floor

Bien que la couleur même existe depuis longtemps, le mot français « rose » naît seulement vers le milieu du XVIIIème siècle, dérivé de la fleur du même nom. C’est la célèbre marquise de Pompadour, favorite (=maîtresse officielle) de Louis XV qui fait entrer dans le vestiaire féminin cette nuance, jusqu’alors considérée comme une déclinaison du rouge viril des guerriers. Tirant sur le lilas, le rose Pompadour est spécialement créé pour la marquise par un peintre sur porcelaine, Philippe Xhrouet. Associée à du bleu ciel, cette couleur devient sa signature officielle, au même titre qu’Anna Wintour et son carré. Madame de Pompadour étant la femme puissante du moment, les cours françaises et étrangères l’imitent. C’est officiel, pink is the new black. Dans l’habillement, la déco et les arts rococo aussi d’ailleurs. François Boucher et son élève Jean-Honoré Fragonard, grands amateurs de modèles féminins, utilisent des teintes pastels, des bleus clairs et moult roses et incarnats qu’il associent dorénavant à la féminité.
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Gif d’après Les Hasards heureux de l’escarpolette, Jean-Honoré Fragonard, entre 1767 et 1769

Les petites filles naissent dans les roses

On se met à habiller systématiquement les bébés de rose et de bleu dans le monde anglo-saxon, à partir du milieu du XIXeme siècle suite à une habitude née dans les pays protestants. Au départ,  filles ou garçons peuvent être habillés des deux couleurs, sans différenciation de genre. Au Moyen-Age, les mini seigneurs semblent même être plus fréquemment habillés de rose, suivant la tradition médiévale évoquée plus haut, et les filles de bleu en référence à la vierge Marie (ce n’est qu’une hypothèse). Cependant, pour la majorité de la population, et pendant des siècles, les nourrissons sont presque toujours vêtus de linges blancs, moins chers et bien plus pratiques à entretenir. Il faut attendre les années 1930 et les colorations résistantes aux lavages fréquents et répétés pour que les barboteuses colorées se répandent, d’abord aux États Unis puis en Europe. Le développement des échographies permettant de connaître par avance le sexe du bébé contribue  au développement d’un trousseau de plus en plus sexué. La tradition s’installe : bleu pour les garçons et rose pour les filles. Il ne manque plus que Barbie qui, à partir des années 70, assoit son emprise et sa couleur préférée dans l’univers des petites filles. Désormais, c’est un fait, le rose est girly.
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Pour en savoir plus :

PASTOUREAU Michel, Rouge Histoire d’une couleur (2016), Seuil, 213 p.

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